Radiologues …

3 septembre 2016

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RADIOLOGUE : Personne physique de sexe indifférent dont l’essentiel de l’activité, contrairement à ce que pourrait laisser croire une analyse étymologique trop hâtive (voir alinéa 1) , consiste à irradier ses semblables afin de voir si l’âme est soluble dans le générateur haute tension.

Les débuts de cette pratique pendable remontent à une centaine d’année environ, lorsqu’ un certain M. Rœntgen décida, pour épater la galerie mondaine de pique assiette venue comme tous les samedi soir vider le frigidaire, de griller la mimine de Madame en représailles d’un gigot par trop cuit, à l’aide d’un instrument barbare issu de son esprit pervers. Quelle ne fut pas sa surprise de constater qu’en sus d’une brûlure du second degré liée à un temps de pose affreusement long, la main de Bertha avait irrémédiablement marquée son empreinte osseuse sur la table Louis XV familiale, qu’on avait pris soin de recouvrir d’une fine pellicule d’argent pour faire plus riche ! La radiologie venait de vivre ses premières heures et Mme Rœntgen, sa première radiodermite. Des tentatives infructueuses pour voir à travers la peau du dos avaient été relatées durant les siècles précédents cette expérience initiale, notamment au cours de l’Inquisition, où l’écartèlement en place publique permettait, certes, d’exposer correctement les articulations coxo-fémorales et le diagnostic d’arthrose précoce, mais au détriment d’une installation trop lourde et d’une perte d’autonomie indéniable des patients au décours de l’examen.
Les années qui suivirent cette découverte centenaire furent riches en développement et la technique s’affina : d’une vague ombre squelettique gravée sur une table argentique, on passa ensuite à des supports moins encombrant (le plateau d’argent massif), et à des détails plus affinés permettant, même pour un œil profane, de différencier le fémur de ma grand-mère de la main de ma sœur (sauf quand elle était dans la culotte du zouave, car la superposition des segments osseux des deux protagonistes rendait difficile le diagnostic de fracture du troisième métacarpien…).

La radiologie dite « standard » vivait ses heures de gloire, transportée de foires aux bestiaux en Bretagne profonde jusqu’aux prestigieux congrès à bestiaux d’outre atlantique. Des développements techniques importants allaient voir le jour dans les décades qui suivirent :

- s’inspirant des techniques marines utilisant le sonar pour détecter en mer les bancs de thon, quelques illuminés, sponsorisés par Saupiquet, mirent au point une technique d’ultra sons pour détecter dans la mère les bancs de lardons : l’échographie allait révolutionner la prise en charge des femmes enceintes qui, jusqu’à lors, se contentaient de mettre bas à terme sans avoir aucune notion d’oligoamnios ou d’hématome décidual.

- déclinant la technique de radiologie primaire, deux ou trois fadas eurent l’idée géniale d’attacher le sujet à examiner sur la table et de faire tourner autour de la momie malade le local contenant le générateur de rayonnement X : le scanner à rayons X était né. Les difficultés initiales rencontrées par cette nouvelle technologie furent essentiellement liées aux contingences immobilières, les fondations et les voisins du dessus supportant mal la rotation périodique du rez de chaussée de l’édifice autour du patient. Ce n’est que bien des années plus tard, avec l’avènement des roulements à billes et des matelas à ressorts, qu’on pensa qu’il pourrait être intéressant de faire bouger la table d’examen en même temps que le local contenant le générateur : la rotation continue allait enrichir la panoplie radiologique et le scanner devenir à hélice ( malgré cette dénomination flatteuse, il est fortement déconseillé de tenter de rallier, par les airs, Deauville à Londres à l’aide d’un appareillage de la sorte… ).

- enfin, quelques doux dingues, parodiant leurs jeux d’enfants, pensèrent qu’il pourrait être utile pour la science de placer un quidam quelconque dans les bras d’un aimant pour faire des images. Constatant que tout corps flottant plongé dans un champ magnétique subit une poussée équivalente au volume de conneries écrit sur le sujet, ces olibrius distingués, après quelques expériences préliminaires sur des porcs empalés avec des tubes métalliques, décidèrent que l’homme avait tout à gagner à se faire résonner les protons. Technique radiologique de luxe (voir alinéa 2), permettant une euthanasie rapide pour moins de 3000 F chez les collectionneurs de pacemaker, son intérêt croissant, attesté par le nombre de reprographies dans Paris Match et Top Santé, est malheureusement limité par le bruit épouvantable qu’elle génère et par les sous qu’elle coûte.

L’étude anthropométrique réalisée il y a quelques semaines dans le très sérieux hebdomadaire Point de Vue – Images de chez nous, montre que deux populations radiologiques cohabitent sous nos latitudes :

- le radiologue des villes, fort apprêté, arborant nœud papillon et montre Cartier, sévit habituellement dans les beaux quartiers des grandes agglomérations comme Paris, Lyon ou Deauville. Bénéficiant du dernier cri en matière technologique qu’il facture à des prix hors de portée du commun des SDF, il entretient un réseau complexe de confraternité auprès des collègues alentours, qui lui permet d’avoir sous le coude un cheptel de clientes attitrées et dans les poches des revenus plus que confortables. Il se déplace de préférence en berline à quatres roues de marque vaguement germanique, mais ne rechigne pas à employer un petit bimoteur pour les trajets un peu plus long que les quelques centaines de mètres qui séparent son triplex de 200 m2, sis avenue Montaigne, de son cabinet de 400 m2 situé dans la même rue.

- le radiologue des champs, arborant une tenue plus adaptée à la zone rurale et aux accotements non stabilisés (bottes, jupe en velours cottelé et bonnet à pompons), sévit plutôt dans les sous préfectures de Seine et Marne ou d’Eure et Loire. Ses ustensiles de cuisine sont hors d’age, rafistolés et optimisés (le radiographe à mamelles, plus connu sous le nom de sénographe dans les salons radiologiques, est souvent utilisé comme table d’appoint ou comme presse livres). Sa clientèle est rude, ses mains calleuses et l’angoisse des prélèvements obligatoires trimestriels ampute ses nuits ainsi que son compte bancaire de moitié. Circulant le plus souvent avec la berline familiale qui lui permet, entre deux échographies, d’aller chercher du charbon ou les enfants au commissariat, il ignore jusqu’au sens de l’expression « partir en vacances ».

Une espèce particulière est représentée par le radiologue hospitalier : paré d’une longue toge blanche, mais dépourvu d’appendice stéthoscopique à la différence de la plupart des ses congénères (voir alinéa 3), il hante les couloirs des usines à rayons durant les heures de bureau (soit 9h-12h et 14h-17h, si l’on prend pour référence les officines de la Poste ou du Trésor Public). Ses différentes activités (staff, cafétéria, staff, cours, cafétéria) rendent difficile toute tentative de localisation précise de l’individu au sein des murs hospitaliers, au grand dam des secrétaires qui n’hésiteraient pas à proposer l’utilisation de balises Argos pour les cas les plus désespérés. Il s’assure par ailleurs de l’exécution des basses œuvres radiologiques par les attachés vacataires ou les dévoués internes, n’hésitant pas à brandir la menace de mesures coercitives en cas de mauvaise volonté. L’œil morne, le pas traînant, l’animal subit une métamorphose spectaculaire dès qu’il franchit le seuil Public, celle ci pouvant même l’amener à singer son confrère des villes dont la description sommaire a déjà été exposée (un peu d’attention s’il vous plait, merci).

Quoi qu’il en soit, un nombre non négligeable de représentants de l’espèce est amené à disparaître sous les effets conjugués d’une alcoolisation chronique et d’une baisse du Z, la première pouvant résulter de la seconde et inversement. La Société Savante des Radiations Ionisantes et Désaltérantes envisage d’ailleurs très sérieusement la création d’un parc naturel pour la sauvegarde de l’espèce et propose la réalisation d’un Radiothon pour son financement . A votre bon cœur, mesdames et messieurs……merci pour eux ! !

(1. toute ressemblance avec des animateurs de bande FM ne s’avérant pas si idiote que cela dans un sous-groupe privilégié pratiquant la résonance magnétique nucléaire..)
(2. les Ethiopiens ainsi que les papous de Nouvelle Guinée, gens de peu de goût, semblent tout ignorer de cette innovation porteuse d’espoirs fous pour un monde meilleur..)
(3. cet appendice siégeant d’ailleurs en position très variable selon les espèces : dans la poche, autour du cou en guise de cravate ou d’écharpe, voire même dans les oreilles pour les plus audacieux)

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